dimanche 10 mai 2020

Remontée à Santiago et retour en France de 6àVélo !

6àVélo survole les Andes après le décollage de Santiago pour la France

La video de l’étape : https://youtu.be/RLGuA-lGAmY



Par Pauline,
De Villa O’Higgins à Bergerac via Cochrane, Puerto Montt et Santiago
(en moyen motorisé !)
Du 19 mars au 3 mai 2020

PS : le début de cet article a déjà été publié à la fin du précédent par erreur. Désolée pour la répétition que nous avons mis en Italique.

Retour express vers Cochrane

Nous sommes malgré tout bien accueillis à Villa O’Higgins et nous ne sentons pas de « peur de l’étranger ». Nous nous installons dans une cabane et Jacques et moi partons à la recherche d’un moyen pour remonter plus au Nord. Nous ne voulons pas rester ici, car O’Higgins c’est vraiment minuscule et très isolé. Nous craignons aussi que les villages se ferment les uns après les autres.

Avec 3 autres cyclistes, nous privatisons un minibus qui nous remontera dès le lendemain vers Cochrane. Cette route que nous avons faite en 6 jours à la force de nos mollets, nous allons la remonter en 6 heures assis dans un bus...Nous repartons dès le lendemain 9h. Tout va très vite...nous n’avons même pas le temps de célébrer nos 5000 km passés sur la Carretera Austral et notre parcours Puerto Montt-Villa O’Higgins, soit 1250 kms parcourus sans aucune aide motorisée...Nous sommes fiers et heureux de cette traversée mais la fin nous laisse comme un goût d’inachevé...tellement frustrant.

A 9h, les 9 vélos sont chargés et notre chauffeur Daniel, pilote d’avion privé dans le tourisme nous conduit. Il parle parfaitement français et nous dit être impressionné par ce que nos enfants ont accomplis. De notre côté, les paysages défilent à l’inverse et à vitesse grand V. On revoit nos lieux de bivouac, de picnics, l’endroit où Charlotte est tombée, celui où Solène a oublié ses mitaines (nous en profitons pour les récupérer…). Nous reprenons le bateau et les consignes sont claires : on ne descend pas du bus. Si on doit aller aux toilettes, c’est un par un. Les Chiliens ont l’air d’avoir pris la mesure de la pandémie qui est en train de s’abattre sur le monde.

Arrivés à Cochrane

30 km avant l’arrivée à Cochrane nous doublons Aurélien et Martin. Nous nous arrêtons pour discuter un peu et nous nous donnons rendez vous pour un dîner - pâtes au saumon - dans la cabane que nous avons réservée.

Arrivés à Cochrane, nous rencontrons un autre couple de cyclos français, Jean Claude et Agnès qui sont là depuis 4 jours et qui choisissent de rester au calme ici dans ce petit village non touché pour le moment par le virus et où les étrangers sont encore acceptés.

Nous avions affrété un taxi pour remonter dès le lendemain vers Coyhaique, ville située 350 km plus au nord, mais finalement après un rapide conseil de famille, nous décidons de rester ici dans ce village un peu reculé et moins peuplé le temps de voir comment la situation évolue.

Vers 20h, arrivent Martin et Aurélien avec qui nous passons la soirée. Elise dépasse sa timidité et interprète « Emmenez moi » de Aznavoir en jouant du Ukuele. 

Le lendemain Aurélien et Martin, continuent leur route vers le nord alors que nous nous débutons notre période d’auto-confinement pour une durée indéterminée.

Richesse de la relecture

Rapidement avec Jacques nous envisageons les options qui s’offrent à nous dans le flou de la situation. Reprendre la route en Amérique du Sud plus tard, rouler uniquement au Chili plus tard, rentrer en Europe et continuer le voyage en Europe pour rentrer en France à vélo, rentrer en France et y pédaler quand on pourra…

Les enfants expriment leur déception d’un voyage qui semble s’achever trop vite et trop mal. Ils rêvaient d’aller plus loin, de continuer à vivre cette aventure en famille, de découvrir d’autres cultures, d’autres paysages. Ils sont tristes vraiment. Nous les comprenons et partageons leur tristesse. 

22 mars 2020, le jour de nos 7 mois de voyage nous vivons une belle expérience de relecture et de partage en famille. Chacun s’exprime avec douceur sur les fruits de cette aventure, ce qu’il a découvert de lui et des autres, sur ce dont il veut se souvenir. Elise dira « c’est grand la famille qu’on est devenue... » et ça venant d’une ado de 15 ans ca fait chaud au coeur de ses parents ;-). 

De notre coté, nous avons plus appris sur nos enfants en 7 mois de voyage qu’en 15 ans de vie « classique ». Nous pouvons dire maintenant que nous connaissons nos enfants. Elise et son besoin de câlin, sa capacité à dépasser des difficultés physiques et psychologiques. Octave son attention pour les choses bien faites et à fond, sa curiosité et sa joie de découvrir de nouvelles choses en faisant abstraction des désagréments. Charlotte sa ténacité et son besoin d’être dehors en contact avec la nature. Solène, son égalité d’humeur et sa capacité a accepter les difficultés en souriant...

Nos enfants nous ont dit que nous étions moins stressés qu’au début du voyage. Qu’ils avaient grandi aussi parce que au fil du voyage nous les avons intégrés totalement aux décisions que nous avions à prendre.

Chacun partage ses sentiments aussi sur les différentes options pour la suite du voyage. Alors qu’au début il était inenvisageable pour Elise et Octave de rentrer pour pédaler en France, après quelque jours l’idée fait son chemin. A l’heure où j’écris, le confinement en France est prolongé jusqu’au 11 mai, nous ne savons toujours pas quand ni comment nous rentrons, mais nous savons que si nous en avons la possibilité même sur une courte période nous pédalerons à nouveau ensemble pour regoûter à cette joie de l’aventure en famille. La capacité des enfants à s’adapter et finalement à prendre ce qui a de bon dans chaque situation nous épate.

Programme de confinement

Dès le début nous décidons en famille d’un emploi du temps afin de rythmer nos journées. Après un temps de prière en famille le matin après le petit déjeuner nous faisons les devoirs. Elise et Octave approfondissent les maths grâce à un super prof sur YouTube, Yvan Monka ! (On vous le recommande). Travailler régulièrement tous les matins et non pas de manière décousue comme depuis le début porte vraiment du fruit et les acquisitions se font mieux. Solène et Charlotte continuent leur cahiers de math et francais et révisent leur table de de multiplication. 

L’après midi nous sortons nous aérer un peu et montons tous les jours à La Croix et au panneau Cochrane. Les dimanches nous faisons une balade plus longue avec picnic et partie de pêche (infructueuse ;-()) Nous finissons nos après midi autour d’un film ou d’un jeu de carte, souvent les deux d’ailleurs...

Rentrer pas à pas...

Nous décidons d’acheter un billet d’avion retour pour la France le 2 mai avec la compagnie LATAM. Le vol prévu est Puerto Montt - Santiago du Chilie - Sao Paolo (Brésil) - Charles de Gaulle. Nous choisissons de repartir de Puerto Montt car nos cartons à vélos sont toujours là bas et l’aéroport est assez gros avec moins de risque de fermeture que celui plus proche mais plus petit de Balmacéda. Etant donné les aléas sur la route, nous voulons sécuriser largement notre retour et décidons de quitter une quinzaine de jour avant notre village de Cochrane.

Dans le même temps, nous recevons le 11 avril un message de l’ambassade de France nous indiquant qu’ils travaillent avec d’autres ambassades pour organiser un vol de rapatriement. A ce jour le vol n’est pas garanti. L’ambassade nous demande juste de nous manifester si nous souhaitons prendre ce vol hypothétique. Ce que nous faisons car notre objectif maintenant est clair : rentrer en France.

Nous partons à la recherche d’un transporteur qui serait prêt à nous emmener à Chaiten d’où nous pouvons prendre un bateau pour rejoindre Puerto Montt. Après beaucoup de touches sans résultat nous finissons par nous mettre d’accord avec une agence de transport touristique qui tourne au ralenti en ce moment. Nous privatisons un gros bus et le chauffeur s’engage à nous mener jusque Chaiten et même Puerto Montt si nous ne pouvions pas monter dans le bateau par exemple. Il estime la durée du voyage entre 2 et 7 jours en fonction des aléas de la route, des contrôles, des risques de fermetures de villages...Voilà on peut dire qu’on sait quand on part mais pas quand on arrive. Nous remettons notre voyage entre les mains de St Joseph et Saint Christophe et quittons Cochrane le mardi 14 avril à 6h30.

Nous serons resté quasiment 1 mois à Cochrane. Période qui est finalement passée assez vite et dans de bonnes conditions grâce aussi au propriétaire de notre cabane, Abel, vraiment gentil, cherchant à nous aider, prenant soin de nous et ne profitant pas du tout de la situation pour nous assassiner financièrement au contraire même! Merci à lui. 

Le soleil se lève sur les montagnes de Patagonie et le spectacle est splendide. Le temps a passé et les couleurs d’automne rayonnent, illuminant monts et vallées de milles feux. 

Masqués nous passons différents contrôles de sécurité où on nous prends notre température. Notre chauffeur semble hermétique aux gestes barrières. Même si il porte un masque lors des contrôles, il ne peut s’empêcher de serrer la pince aux autres chauffeurs rencontrés sur la route…

Le premier soir après 8 heures de route nous bivouaquons près d’une rivière. Le temps est maussade mais il ne fait pas froid. Pour garder un esprit de fête et chasser de nos esprits l'impression de fuite qui nous habite nous faisons un repas trappeur pomme de terre-saucisse. Notre chauffeur lui, mange dans son bus et y passera la nuit.

Nous roulons toujours plus vers le nord et nous nous remémorons les souvenirs de notre descente à vélo. L’endroit où nous avons rencontré “untel”, telle pause picnic, tel lieu de bivouac...Nous réalisons à quel point la route que nous avons parcourue était longue et difficile...vraiment difficile...

De Chaiten à Puerto Montt

Environs 100 km avant Chaiten, une barrière sanitaire est installée. Ici on change de région : on quitte Aysen (région avec quasiment aucun cas de Covid pour rentrer dans Los Lagos, région plus touchée). Le représentant du ministère de la santé ne veut pas nous laisser continuer notre route vers Chaiten aujourd’hui. Il est 14h00. Notre bateau est prévu le lendemain à 10h00, et nous devons passer la nuit ici et partir tôt demain pour ne faire “que traverser” Chaiten sans nous y attarder. Nous remplissons encore des déclarations sanitaires et on nous prends pour la 4ème fois de la journée notre température.

Le temps est toujours à la pluie, nos tentes sont trempées de la veille...Nous trouvons donc une salle de restaurant où nous pouvons nous installer au sec et passer la nuit. Tant mieux car la pluie redouble et le départ prévu le lendemain à 4h30 sera plus facile.

Nous arrivons à Chaiten à 7h00 et nous nous postons devant le bureau de la Naviera Austral pour acheter nos billets. Le bateau prévu à 10h est annulé pour cause de mauvais temps, un autre est prévu à 19h. Cela nous laisse le temps d’aller imprimer à nouveau un passeport sanitaire dans un autre bureau, passeport indispensable pour acheter nos billets mais que personne ne vérifiera…

Nous avons donc la journée à attendre. Il pleut et le vent est très violent. Le bureau de la Naviera Austral ferme et nous ne pouvons y rester pour nous abriter. Ils nous indiquent une possible bicoque près du port. Nous tentons notre chance et, une fois arrivés, une employée nous ouvre sans rien dire une salle avec des bancs, des prises et un chauffage électrique ! Cela nous permettra de passer la journée au sec et au chaud. Longue journée en perspective il est seulement 9H30…Nous déchargeons nos vélos, libérons notre chauffeur heureux d’avoir accompli sa mission et croisons les doigts  pour que le bateau de 19h arrive bien.

Victoire, à 18h le bateau arrive et commence son déchargement. Nous y embarquons à notre tour. Rangeons nos vélos dans un cagibi bien à l’abri et montons nous installer. Nous devons être une trentaine à bord dont 2 autres touristes hollandais qui voyagent en voiture. Nous avons donc largement la place de squatter chacun une banquette pour la nuit.

De Puerto Montt à Santiago 

Après 20h de traversée dont 6h d’escale dans la nuit, nous débarquons à Puerto Montt. Il ne pleut pas et nous avons beaucoup de chance...Nous traversons la ville pour rejoindre notre maison réservée sur Airbnb et après 1 mois de confinement à Cochrane cela fait bizarre de revoir autant de voitures, de gens masqués, d’entendre des klaxons…

D’ici commence la suite de notre remontée vers Santiago, d’où nous espérons prendre un vol toujours hypothétique vers la France. Nous n’avons aucune nouvelle du vol de l’ambassade et le vol LATAM bien que toujours affiché sur Internet nous semble de moins en moins probable.

Nous passons 4 jours à Puerto Montt pour notamment y emballer nos vélos. Nous ne sommes toujours pas sûrs de pouvoir les rapporter en France alors Jacques les démonte au maximum pour « sauver les meubles » comme il dit (les accessoires en l’occurrence : béquille, porte bagages, portes bidons...petit accessoires etc).

Nous prenons un vol Puerto Montt Santiago et apprenons à l’aéroport que notre vol LATAM du 2 mai est annulé. Nos espoirs de rentrer en France s’amenuisent et nous ne savons donc pas combien de temps nous allons devoir rester à Santiago ? 7 jours, 7 mois ? 7 ans…?

Un ange gardien à Santiago 

Grâce à la soeur d’une amie (merci Aude, merci Marine) nous sommes accueillis à Santiago par Carolina...la bonté en personne. Carolina vient nous chercher à l’aéroport avec sa fille et nos vélos rentrent au millimètre près dans la voiture. Malgré la crise sanitaire Carolina nous accueille sans conditions comme ses propres enfants. Nous ne sentons chez elle aucune peur qui aurait été bien légitime. Elle nous laisse sa chambre avec salle de bain attenante, les enfants ont chacun un lit. Sa maison est jolie, décorée avec soin...Quand nous débarquons chez Carolina, nous ne savons pas combien de temps nous allons devoir attendre...On sait qu’on y sera bien dès le premier soir où nous partageons un apéro joyeux dans sa cuisine. Carolina, dont la maman était Belge, parle parfaitement Français ce qui nous permet de bien échanger…

Saint Joseph à l’œuvre... 

Alors que nous n’avions aucune nouvelle de l’ambassade malgré des relances et que notre vol LATAM venait d’être annulé, nous recevons dans la nuit un mail indiquant qu’un vol de rapatriement est programmé pour le 29 avril. C’est un immense soulagement pour nous et nous rendons grâce vraiment du fond du coeur...même si jusqu’à l’achat des billets nous aurons un doute sur la possibilité de rentrer avec nos vélos. 

...7 jours à Santiago 

Finalement nous restons 7 jours à Santiago chez Carolina qui nous emmènera visiter San José de Maipo et sa gorge aux montagnes sublimes. Nous profiterons de bons petits plats par Carolina, de ses deux chiens que les enfants adorent, de son chat, de ses INCROYABLES desserts et de sa boîte de chocolats ! 

Carolina prenant soin de nous jusqu’au bout nous ramènera à l’aéroport en nous ayant chargé de tout ce qu’elle avait de masques, gels hydroalcooliques, gants et même du paracétamol au cas où...Vraiment Carolina merci du fond du coeur pour ta grande générosité envers nous.

Atterrissage en France et route vers la Dordogne 

Après 13 heures de vol que nous avons passé à regarder des films nous atterrissons à 8 heure du matin à Charles de Gaulle. L’avion était plein comme un oeuf mais nous étions tous masqués ! A l’arrivée, contrôle de nos passeports mais pas de nos attestations pourtant consciencieusement remplies avant le décollage...Nous récupérons une voiture assez grande pour y rentrer nos 6 vélos et en route pour 6h de route...après une nuit blanche c’est un peu rude. Les enfants et Jacques dorment, je ferai une mini sieste de 30 mns sur une aire de repos et nous arrivons à bon port vers 18h où les parents de Jacques nous attendent. 

Un check du coude et nous nous installons dans cette jolie maison pour une durée indéterminée...Nous gardons espoir de pouvoir au moins rentrer jusque Salon à Vélo d’ici fin Juillet « si Dios quiere » !

Arrivée dans le village de O’Higgins


Départ pour remonter jusque Cochrane


Une belle soirée avec Aurélien et Martin à Cochrane








11 ans !




Départ après 4 semaines à Cochrane pour Chaïten :


Attente du bateau pour Puerto Montt à Chaïten :


A Puerto Montt la queue en temps de Covid pour acheter du matériel
pour emballer les vélos :


Démontage de tous les équipements :




Embarquement pour le vol Puerto Montt à Santiago :


Accueil chaleureux chez Carolina à Santiago :








Embarquement pour le vol Santiago - Paris :


Arrivée à Bergerac et accueil par Abel, le papa de Jacques :
--------------------------------
Cet article vous a plu ? Manifestez votre enthousiasme en participant à notre campagne de dons pour le Secours Catholique ici !Vous pouvez aussi nous laisser un message d'encouragement sur notre livre d'or ici !

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Merci pour vos commentaires et vos encouragements !